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Pierre Corneille - Le Cid

Maudite ambition, détestable manie,
Dont les plus généreux souffrent la tyrannie !

Honneur impitoyable à mes plus chers désirs,

Que tu me vas coûter de pleurs et de soupirs !

L'INFANTE
Tu n'as dans leur querelle aucun sujet de craindre :
Un moment l'a fait naître, un moment va l'éteindre.

Elle a fait trop de bruit pour ne pas s'accorder,

Puisque déjà le roi les veut accomoder;

Et tu sais que mon âme, à tes ennuis sensible,

Pour en tarir la source y fera l'impossible

CHIMÈNE
Les accomodements non font rien en ce point :
De si mortels affronts ne se réparent point.

En vain on fait agir la force ou la prudence ;

Si l'on guérit le mal, ce n'est qu'en apparence.

La haine que les coeurs conservent au-dedans

Nourrit des feux cachés, mais d'autant plus ardents.

L'INFANTE
Le saint noeud qui joindra don Rodrigue et Chimène
Des pères ennemis dissipera la haine ;

Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort

Par un heureux hymen étouffer ce discord.

CHIMÈNE
Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère ;
Don Diègue est trop altier, et je connais mon père.

Je sens couler des pleurs que je veux retenir ;

Le passé me tourmente, et je crains l'avenir.

L'INFANTE
Que crains-tu ? d'un vieillard l'impuissante faiblesse ?

CHIMÈNE
Rodrigue a du courage.

L'INFANTE
Il a trop de jeunesse.

CHIMÈNE
Les hommes valeureux le sont du premier coup.

L'INFANTE

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