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Pierre Corneille - Le Cid
Que m'importe ?
DON RODRIGUE À quatre pas d'ici je te le fais savoir.
LE COMTE Jeune présomptueux !
DON RODRIGUE Parle sans t'émouvoir. Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend point le nombre des années.
LE COMTE Te mesurer à moi ! qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main !
DON RODRIGUE Mes pareils à deux fois ne se font point connaître, Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître.
LE COMTE Sais-tu bien qui je suis ?
DON RODRIGUE Oui ; tout autre que moi Au seul bruit de ton nom pourrait teembler d'effroi. Les palmes dont je vois ta tête si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur, Mais j'aurai trop de force, ayant trop de coeur. À qui venge son père il n'est rien d'impossible. Ton bras est invaincu, mais non pas invicible.
LE COMTE Ce grand coeur qui paraît aux discours que tu tiens Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens ; Et croyant voir en toi l'honneur de la Castille, Mon âme avec plaisir te destinait ma fille. Je sais ta passion, et suis ravi de voir Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir ; Qu'ils n'ont point affaibli cette ardeur magnanime ; Que ta haute vertu répond à mon estime ; Et que, voulant pour gendre un cavalier parfait, Je ne me trompais point au choix que j'avais fait. Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse ;
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