|
Pierre Corneille - Le Cid
DON ARIAS Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, Jamais à son sujet un roi n'est redevable. Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, monsieur, sur cette confiance.
LE COMTE Je ne vous en croirai qu'après l'expérience.
DON ARIAS Vous devez redouter la puissance d'un roi.
LE COMTE Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi. Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice, Tout l'État périra, s'il faut que je périsse.
DON ARIAS Quoi ! Vous craignez si peu le pouvoir souverain ...
LE COMTE D'un sceptre qui sans moi tomberait de sa main. Il a trop d'intérêt lui-même en ma personne, Et ma tête en tombant ferait choir sa couronne.
DON ARIAS Souffrez que la raison remette vos esprits. Prenez un bon conseil.
LE COMTE Le conseil en est pris.
DON ARIAS Qui lui dirai-je enfin ? Je lui dois rendre compte.
LE COMTE Que je ne puis du tout consentir à ma honte.
DON ARIAS Mais songez que les rois veulent être absolus.
LE COMTE Le sort en est jeté, monsieur, n'en parlons plus.
DON ARIAS
|