|
Pierre Corneille - Le Cid
Voit la perte assurée ! N'écoutons plus ce penser suborneur, Qui ne sert qu'à ma peine. Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur, Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.
Oui, mon esprit s'était déçu. Je dois tout à mon père avant qu'à ma maitresse : Que je meure au combat, ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la vengeance ; Et tout honteux d'avoir tant balancé, Ne soyons plus en peine, Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé, Si l'offenseur est le père de Chimène.
ACTE II SCÈNE PREMIÈRE - DON ARIAS, LE COMTE LE COMTE Je l'avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud S'est trop ému d'un mot, et l'a porté trop haut ; Mais puisque c'en est fait, le coup est sans remède.
DON ARIAS Qu'aux volontés du roi ce grand courage cède : Il y prend grande part, et son coeur irrité Agira contre vous de pleine autorité. Aussi vous n'avez point de valable défense. Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense, Demandent des devoirs et des submissions Qui passent le commun des satisfactions.
LE COMTE Le roi peut, à son gré, disposer de ma vie.
DON ARIAS De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux. Il a dit : « Je le veux » ; désobéirez-vous ?
LE COMTE Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime, Désobéir un peu n'est un si grand crime ; Et quelque grand qu'il soit, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suffisants.
|