bibliotheq.net - littérature française
 

Pierre Corneille - Le Cid

Voit la perte assurée !
N'écoutons plus ce penser suborneur,

Qui ne sert qu'à ma peine.

Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,

Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.

Oui, mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maitresse :

Que je meure au combat, ou meure de tristesse,

Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.

Je m'accuse déjà de trop de négligence ;

Courons à la vengeance ;

Et tout honteux d'avoir tant balancé,

Ne soyons plus en peine,

Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,

Si l'offenseur est le père de Chimène.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE - DON ARIAS, LE COMTE


LE COMTE

Je l'avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud
S'est trop ému d'un mot, et l'a porté trop haut ;

Mais puisque c'en est fait, le coup est sans remède.

DON ARIAS
Qu'aux volontés du roi ce grand courage cède :
Il y prend grande part, et son coeur irrité

Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n'avez point de valable défense.

Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense,

Demandent des devoirs et des submissions

Qui passent le commun des satisfactions.

LE COMTE
Le roi peut, à son gré, disposer de ma vie.

DON ARIAS
De trop d'emportement votre faute est suivie.
Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux.

Il a dit : « Je le veux » ; désobéirez-vous ?

LE COMTE
Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime,
Désobéir un peu n'est un si grand crime ;

Et quelque grand qu'il soit, mes services présents

Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

< page précédente | 13 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.