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Pierre Corneille - L'Illusion comique

PRIDAMANT

Que déjà cet espoir soulage mon ennui !

ALCANDRE

Il a caché son nom en battant la campagne,
Et s'est fait de Clindor le sieur de la Montagne :

C'est ainsi que tantôt vous l'entendrez nommer.

Voyez tout sans rien dire et sans vous alarmer.

Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience ;

N'en concevez pourtant aucune défiance :

C'est qu'un charme ordinaire a trop peu de pouvoir

Sur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir.

Entrons dedans ma grotte, afin que j'y prépare

Quelques charmes nouveaux pour un effet si rare.

ACTE II

SCENE PREMIERE.


ALCANDRE

Quoi qui s'offre à nos yeux, n'en ayez point d'effroi ;
De ma grotte surtout ne sortez qu'après moi :

Sinon, vous êtes mort. Voyez déjà paraître

Sous deux fantômes vains votre fils et son maître.

PRIDAMANT

O dieux ! je sens mon âme après lui s'envoler.

ALCANDRE

Faites-lui du silence, et l'écoutez parler.

SCENE II.


CLINDOR

Quoi ! monsieur, vous rêvez ! et cette âme hautaine,
Après tant de beaux faits, semble être encore en peine !

N'êtes-vous point lassé d'abattre des guerriers,

Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers ?

MATAMORE

Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre
Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,

Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.

CLINDOR

Eh ! de grâce, monsieur, laissez-les vivre encor :
Qu'ajouterait leur perte à votre renommée ?

D'ailleurs quand auriez-vous rassemblé votre armée ?

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