|
Pierre Corneille - L'Illusion comique
Et sa condition ne saurait consentir Que d'une telle pompe il s'ose revêtir.
ALCANDRE
Sous un meilleur destin sa fortune rangée, Et sa condition avec le temps changée, Personne maintenant n'a de quoi murmurer Qu'en public de la sorte il aime à se parer.
PRIDAMANT
A cet espoir si doux j'abandonne mon âme ; Mais parmi ces habits je vois ceux d'une femme : Serait-il marié ?
ALCANDRE
Je vais de ses amours Et de tous ses hasards vous faire le discours. Toutefois, si votre âme était assez hardie, Sous une illusion vous pourriez voir sa vie, Et tous ses accidents devant vous exprimés Par des spectres pareils à des corps animés : Il ne leur manquera ni geste ni parole.
PRIDAMANT
Ne me soupçonnez point d'une crainte frivole : Le portrait de celui que je cherche en tous lieux Pourrait-il par sa vue épouvanter mes yeux ?
ALCANDRE
Mon cavalier, de grâce, il faut faire retraite, Et souffrir qu'entre nous l'histoire en soit secrète.
PRIDAMANT
Pour un si bon ami je n'ai point de secrets.
DORANTE
Il nous faut sans réplique accepter ses arrêts ; Je vous attends chez moi.
ALCANDRE
Ce soir, si bon lui semble. Il vous apprendra tout quand vous serez ensemble.
SCENE III. ALCANDRE
|