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Pierre Corneille - L'Illusion comique

A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang.
Notre main a vengé le prince Florilame,

La princesse outragée, et vous-même, madame,

Immolant à tous trois un déloyal époux,

Qui ne méritait pas la gloire d'être à vous.

D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice,

Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice.

Adieu.

ISABELLE

Vous ne l'avez massacré qu'à demi :
Il vit encore en moi ; soûlez son ennemi ;

Achevez, assassins, de m'arracher la vie.

Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie !

Et de mon coeur jaloux les secrets mouvements

N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments !

O clarté trop fidèle, hélas ! et trop tardive,

Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive !

Fallait-il... mais j'étouffe, et, dans un tel malheur,

Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur ;

Son vif excès me tue ensemble et me console,

Et puisqu'il nous rejoint...

LYSE

Elle perd la parole.
Madame... Elle se meurt ; épargnons les discours,

Et courons au logis appeler du secours.

SCENE V.


ALCANDRE

Ainsi de notre espoir la fortune se joue :
Tout s'élève ou s'abaisse au branle de sa roue ;

Et son ordre inégal, qui régit l'univers,

Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.

PRIDAMANT

Cette réflexion, mal propre pour un père,
Consolerait peut-être une douleur légère ;

Mais après avoir vu mon fils assassiné,

Mes plaisirs foudroyés, mon espoir ruiné,

J'aurais d'un si grand coup l'âme bien peu blessée,

Si de pareils discours m'entraient dans la pensée.

Hélas ! dans sa misère il ne pouvait périr ;

Et son bonheur fatal lui seul l'a fait mourir.

N'attendez pas de moi des plaintes davantage :

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