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Pierre Corneille - L'Illusion comique

CLINDOR

Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change
Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range.

M'aimer malgré mon crime, et vouloir par ta mort

Eviter le hasard de quelque indigne effort !

Je ne sais qui je dois admirer davantage,

Ou de ce grand amour, ou de ce grand courage ;

Tous les deux m'ont vaincu : je reviens sous tes lois,

Et ma brutale ardeur va rendre les abois ;

C'en est fait, elle expire, et mon âme plus saine

Vient de rompre les noeuds de sa honteuse chaîne.

Mon coeur, quand il fut pris, s'était mal défendu :

Perds-en le souvenir.

ISABELLE

Je l'ai déjà perdu.

CLINDOR

Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre
Conspirent désormais à me faire la guerre ;

Ce coeur, inexpugnable aux assauts de leurs yeux,

N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour dieux.

LYSE

Madame, quelqu'un vient.

SCENE IV.


ERASTE

Reçois, traître, avec joie
Les faveurs que par nous ta maîtresse t'envoie.

PRIDAMANT

On l'assassine, ô dieux ! Daignez le secourir.

ERASTE

Puissent les suborneurs ainsi toujours périr !

ISABELLE

Qu'avez-vous fait, bourreaux ?

ERASTE

Un juste et grand exemple,
Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple,

Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang,

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