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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Les grands en leur amour n'ont jamais de secret ; Ce grand train qu'à leurs pas leur grandeur propre attache N'est qu'un grand corps tout d'yeux à qui rien ne se cache, Et dont il n'est pas un qui ne fît son effort A se mettre en faveur par un mauvais rapport. Tôt ou tard Florilame apprendra tes pratiques, Ou de sa défiance, ou de ses domestiques ; Et lors (à ce penser je frissonne d'horreur) A quelle extrémité n'ira point sa fureur ! Puisqu'à ces passe-temps ton humeur te convie, Cours après tes plaisirs, mais assure ta vie. Sans aucun sentiment je te verrai changer, Lorsque tu changeras sans te mettre en danger.
CLINDOR
Encore une fois donc tu veux que je te die Qu'auprès de mon amour je méprise ma vie ? Mon âme est trop atteinte, et mon coeur trop blessé, Pour craindre les périls dont je suis menacé. Ma passion m'aveugle, et pour cette conquête Croit hasarder trop peu de hasarder ma tête : C'est un feu que le temps pourra seul modérer : C'est un torrent qui passe et ne saurait durer.
ISABELLE
Eh bien ! Cours au trépas, puisqu'il a tant de charmes, Et néglige ta vie aussi bien que mes larmes. Penses-tu que ce prince, après un tel forfait, Par ta punition se tienne satisfait ? Qui sera mon appui lorsque ta mort infâme A sa juste vengeance exposera ta femme, Et que sur la moitié d'un perfide étranger Une seconde fois il croira se venger ? Non, je n'attendrai pas que ta perte certaine Puisse attirer sur moi les restes de ta peine, Et que de mon honneur, gardé si chèrement, Il fasse un sacrifice à son ressentiment. Je préviendrai la honte où ton malheur me livre, Et saurai bien mourir, si tu ne veux pas vivre. Ce corps, dont mon amour t'a fait le possesseur, Ne craindra plus bientôt l'effort d'un ravisseur. J'ai vécu pour t'aimer, mais non pour l'infamie De servir au mari de ton illustre amie. Adieu : je vais du moins, en mourant avant toi, Diminuer ton crime, et dégager ta foi.
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