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Pierre Corneille - L'Illusion comique
En êtes-vous bien sûr ?
CLINDOR
Ah ! Fortune ennemie !
ISABELLE
Je veille, déloyal : ne crois plus m'aveugler ; Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair : Je vois tous mes soupçons passer en certitudes, Et ne puis plus douter de tes ingratitudes : Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret. O l'esprit avisé pour un amant discret ! Et que c'est en amour une haute prudence D'en faire avec sa femme entière confidence ! Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi ? Qu'as-tu fait de ton coeur ? qu'as-tu fait de ta foi ? Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne De combien différaient ta fortune et la mienne, De combien de rivaux je dédaignai les voeux ; Ce qu'un simple soldat pouvait être auprès d'eux : Quelle tendre amitié je recevais d'un père ! Je le quittai pourtant pour suivre ta misère ; Et je tendis les bras à mon enlèvement, Pour soustraire ma main à son commandement. En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite Les hasards dont le sort a traversé ta fuite ! Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur Elevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur ! Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée, Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée. L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder, Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder.
CLINDOR
Ne me reproche plus ta fuite ni ta flamme : Que ne fait point l'amour quand il possède une âme ? Son pouvoir à ma vue attachait tes plaisirs, Et tu me suivais moins que tes propres désirs. J'étais lors peu de chose : oui, mais qu'il te souvienne Que ta fuite égala ta fortune à la mienne, Et que pour t'enlever c'était un faible appas Que l'éclat de tes biens qui ne te suivaient pas. Je n'eus, de mon côté, que l'épée en partage, Et ta flamme, du tien, fut mon seul avantage : Celle-là m'a fait grand en ces bords étrangers ;
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