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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Il est toujours le maître, et tout notre discours, Par un contraire effet, l'obstine en ses amours.
ISABELLE
Je dissimulerai son adultère flamme ! Une autre aura son coeur, et moi le nom de femme ! Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi ? Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi ?
LYSE
Cela fut bon jadis ; mais au temps où nous sommes, Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes : Leur gloire a son brillant et ses règles à part ; Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard ; Elle croît aux dépens de nos lâches faiblesses ; L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.
ISABELLE
Ote-moi cet honneur et cette vanité, De se mettre en crédit par l'infidélité. Si pour haïr le change et vivre sans amie Un homme tel que lui tombe dans l'infamie, Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix ; S'il en est méprisé, j'estime ce mépris. Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme Aux maris vertueux est un illustre blâme.
LYSE
Madame, il vient d'entrer ; la porte a fait du bruit.
ISABELLE
Retirons-nous, qu'il passe.
LYSE
Il vous voit et vous suit.
SCENE III. CLINDOR
Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises : Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises ? Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien ? Ne fuyez plus, madame, et n'appréhendez rien : Florilame est absent, ma jalouse endormie.
ISABELLE
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