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Pierre Corneille - L'Illusion comique
ALCANDRE
Dorante, c'est assez, je sais ce qui l'amène : Ce fils est aujourd'hui le sujet de sa peine. Vieillard, n'est-il pas vrai que son éloignement Par un juste remords te gêne incessamment ? Qu'une obstination à te montrer sévère L'a banni de ta vue, et cause ta misère ? Qu'en vain, au repentir de ta sévérité, Tu cherches en tous lieux ce fils si maltraité ?
PRIDAMANT
Oracle de nos jours, qui connais toutes choses, En vain de ma douleur je cacherais les causes ; Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur, Et vois trop clairement les secrets de mon coeur. Il est vrai, j'ai failli ; mais pour mes injustices Tant de travaux en vain sont d'assez grands supplices : Donne enfin quelque borne à mes regrets cuisants, Rends-moi l'unique appui de mes débiles ans. Je le tiendrai rendu si j'en ai des nouvelles ; L'amour pour le trouver me fournira des ailes. Où fait-il sa retraite ? en quels lieux dois-je aller ? Fût-il au bout du monde, on m'y verra voler.
ALCANDRE
Commencez d'espérer : vous saurez par mes charmes Ce que le ciel vengeur refusait à vos larmes. Vous reverrez ce fils plein de vie et d'honneur : De son bannissement il tire son bonheur. C'est peu de vous le dire : en faveur de Dorante Je vous veux faire voir sa fortune éclatante. Les novices de l'art, avec tous leurs encens, Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissants, Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies, Apportent au métier des longueurs infinies, Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur Pour se faire valoir et pour vous faire peur : Ma baguette à la main, j'en ferai davantage. Jugez de votre fils par un tel équipage : Eh bien ! Celui d'un prince a-t-il plus de splendeur ? Et pouvez-vous encor douter de sa grandeur ?
PRIDAMANT
D'un amour paternel vous flattez les tendresses ; Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses,
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