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Pierre Corneille - L'Illusion comique

Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt.
Ainsi de tous côtés ma perte était certaine :

J'ai repoussé la mort, je la reçois pour peine.

D'un péril évité je tombe en un nouveau,

Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau.

Je frémis à penser à ma triste aventure ;

Dans le sein du repos je suis à la torture :

Au milieu de la nuit, et du temps du sommeil,

Je vois de mon trépas le honteux appareil ;

J'en ai devant les yeux les funestes ministres ;

On me lit du sénat les mandements sinistres ;

Je sors les fers aux pieds ; j'entends déjà le bruit

De l'amas insolent d'un peuple qui me suit ;

Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare :

Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare ;

Je ne découvre rien qui m'ose secourir,

Et la peur de la mort me fait déjà mourir.

Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,

Dissipes ces terreurs et rassures mon âme ;

Et sitôt que je pense à tes divins attraits,

Je vois évanouir ces infâmes portraits.

Quelques rudes assauts que le malheur me livre,

Garde mon souvenir, et je croirai revivre.

Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison ?

Ami, que viens-tu faire ici hors de saison ?

SCENE VIII.


Le geôlier

Les juges assemblés pour punir votre audace,
Mus de compassion, enfin vous ont fait grâce.

CLINDOR

M'ont fait grâce, bons dieux !

Le geôlier

Oui, vous mourrez de nuit.

CLINDOR

De leur compassion est-ce là tout le fruit ?

Le geôlier

Que de cette faveur vous tenez peu de conte !
D'un supplice public c'est vous sauver la honte.

CLINDOR

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