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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Vous essayez en vain de me donner courage ; Mes soins et mes travaux verront, sans aucun fruit, Clore mes tristes jours d'une éternelle nuit.
DORANTE
Depuis que j'ai quitté le séjour de Bretagne Pour venir faire ici le noble de campagne, Et que deux ans d'amour, par une heureuse fin, M'ont acquis Sylvérie et ce château voisin, De pas un, que je sache, il n'a déçu l'attente : Quiconque le consulte en sort l'âme contente. Croyez-moi, son secours n'est pas à négliger : D'ailleurs il est ravi quand il peut m'obliger, Et j'ose me vanter qu'un peu de mes prières Vous obtiendra de lui des faveurs singulières.
PRIDAMANT
Le sort m'est trop cruel pour devenir si doux.
DORANTE
Espérez mieux : il sort, et s'avance vers nous. Regardez-le marcher ; ce visage si grave, Dont le rare savoir tient la nature esclave, N'a sauvé toutefois des ravages du temps Qu'un peu d'os et de nerfs qu'ont décharnés cent ans ; Son corps, malgré son âge, a les forces robustes, Le mouvement facile, et les démarches justes : Des ressorts inconnus agitent le vieillard, Et font de tous ses pas des miracles de l'art.
SCENE II. DORANTE
Grand démon du savoir, de qui les doctes veilles Produisent chaque jour de nouvelles merveilles, A qui rien n'est secret dans nos intentions, Et qui vois, sans nous voir, toutes nos actions : Si de ton art divin le pouvoir admirable Jamais en ma faveur se rendit secourable, De ce père affligé soulage les douleurs ; Une vieille amitié prend part en ses malheurs. Rennes ainsi qu'à moi lui donna la naissance, Et presque entre ses bras j'ai passé mon enfance ; Là son fils, pareil d'âge et de condition, S'unissant avec moi d'étroite affection...
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