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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Nos esprits amoureux se rejoindre là-bas. Ainsi, père inhumain, ta cruauté déçue De nos saintes ardeurs verra l'heureuse issue ; Et si ma perte alors fait naître tes douleurs, Auprès de mon amant je rirai de tes pleurs. Ce qu'un remords cuisant te coûtera de larmes D'un si doux entretien augmentera les charmes ; Ou s'il n'a pas assez de quoi te tourmenter, Mon ombre chaque jour viendra t'épouvanter, S'attacher à tes pas dans l'horreur des ténèbres, Présenter à tes yeux mille images funèbres, Jeter dans ton esprit un éternel effroi, Te reprocher ma mort, t'appeler après moi, Accabler de malheurs ta languissante vie, Et te réduire au point de me porter envie. Enfin...
SCENE II. LYSE
Quoi ! Chacun dort, et vous êtes ici ? Je vous jure, monsieur en est en grand souci.
ISABELLE
Quand on n'a plus d'espoir, Lyse, on n'a plus de crainte. Je trouve des douceurs à faire ici ma plainte : Ici je vis Clindor pour la dernière fois ; Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix, Et remet plus avant en mon âme éperdue L'aimable souvenir d'une si chère vue.
LYSE
Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis !
ISABELLE
Que veux-tu que je fasse en l'état où je suis ?
LYSE
De deux amants parfaits dont vous étiez servie, L'un doit mourir demain, l'autre est déjà sans vie : Sans perdre plus de temps à soupirer pour eux, Il en faut trouver un qui les vaille tous deux.
ISABELLE
De quel front oses-tu me tenir ces paroles ?
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