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Pierre Corneille - L'Illusion comique
CLINDOR
Sans vous chercher si loin un si grand cimetière, Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.
MATAMORE
Ils sont d'intelligence. Ah, tête !
CLINDOR
Point de bruit : J'ai déjà massacré dix hommes cette nuit ; Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.
MATAMORE
Cadédiou ! ce coquin a marché dans mon ombre ; Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas : S'il avait du respect, j'en voudrais faire cas. Ecoute : je suis bon, et ce serait dommage De priver l'univers d'un homme de courage. Demande-moi pardon, et cesse par tes feux De profaner l'objet digne seul de mes voeux ; Tu connais ma valeur, éprouve ma clémence.
CLINDOR
Plutôt, si votre amour a tant de véhémence, Faisons deux coups d'épée au nom de sa beauté.
MATAMORE
Parbieu, tu me ravis de générosité. Va, pour la conquérir n'use plus d'artifices ; Je te la veux donner pour prix de tes services : Plains-toi dorénavant d'avoir un maître ingrat !
CLINDOR
A ce rare présent, d'aise le coeur me bat. Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime, Puisse tout l'univers bruire de votre estime !
SCENE X. ISABELLE
Je rends grâces au ciel de ce qu'il a permis Qu'à la fin, sans combat, je vous vois bons amis.
MATAMORE
Ne pensez plus, ma reine, à l'honneur que ma flamme Vous devait faire un jour de vous prendre pour femme ;
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