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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Et malgré les douceurs que l'amour y déploie, Deux malheureux ensemble ont toujours courte joie. Ainsi j'aspire ailleurs, pour vaincre mon malheur ; Mais je ne puis te voir sans un peu de douleur, Sans qu'un soupir échappe à ce coeur, qui murmure De ce qu'à mes désirs ma raison fait d'injure. A tes moindres coups d'oeil je me laisse charmer. Ah ! que je t'aimerais, s'il ne fallait qu'aimer, Et que tu me plairais, s'il ne fallait que plaire !
LYSE
Que vous auriez d'esprit si vous saviez vous taire, Ou remettre du moins en quelque autre saison A montrer tant d'amour avec tant de raison ! Le grand trésor pour moi qu'un amoureux si sage, Qui par compassion n'ose me rendre hommage, Et porte ses désirs à des partis meilleurs, De peur de m'accabler sous nos communs malheurs ! Je n'oublierai jamais de si rares mérites : Allez continuer cependant vos visites.
CLINDOR
Que j'aurais avec toi l'esprit bien plus content !
LYSE
Ma maîtresse là-haut est seule, et vous attend.
CLINDOR
Tu me chasses ainsi !
LYSE
Non, mais je vous envoie Aux lieux où vous aurez une plus longue joie.
CLINDOR
Que même tes dédains me semblent gracieux !
LYSE
Ah ! Que vous prodiguez un temps si précieux ! Allez.
CLINDOR
Souviens-toi donc que si j'en aime une autre...
LYSE
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