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Pierre Corneille - L'Illusion comique

SCENE V.


CLINDOR

Le souverain poltron, à qui pour faire peur
Il ne faut qu'une feuille, une ombre, une vapeur !

Un vieillard le maltraite, il fuit pour une fille,

Et tremble à tous moments de crainte qu'on l'étrille.

Lyse, que ton abord doit être dangereux !

Il donne l'épouvante à ce coeur généreux,

Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,

Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines !

LYSE

Mon visage est ainsi malheureux en attraits :
D'autres charment de loin, le mien fait peur de près.

CLINDOR

S'il fait peur à des fous, il charme les plus sages :
Il n'est pas quantité de semblables visages.

Si l'on brûle pour toi, ce n'est pas sans sujet ;

Je ne connus jamais un si gentil objet ;

L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse,

L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse,

Les yeux doux, le teint vif, et les traits délicats :

Qui serait le brutal qui ne t'aimerait pas ?

LYSE

De grâce, et depuis quand me trouvez-vous si belle ?
Voyez bien, je suis Lyse, et non pas Isabelle.

CLINDOR

Vous partagez vous deux mes inclinations :
J'adore sa fortune, et tes perfections.

LYSE

Vous en embrassez trop, c'est assez pour vous d'une,
Et mes perfections cèdent à sa fortune.

CLINDOR

Quelque effort que je fasse à lui donner ma foi,
Penses-tu qu'en effet je l'aime plus que toi ?

L'amour et l'hyménée ont diverse méthode :

L'un court au plus aimable, et l'autre au plus commode.

Je suis dans la misère, et tu n'as point de bien :

Un rien s'ajuste mal avec un autre rien ;

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