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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Il fait beau voir ce bras, plus craint que le tonnerre, Demeurer si paisible en un temps plein de guerre ; Et c'est pour acquérir un nom bien relevé, D'être dans une ville à battre le pavé. Chacun croit votre gloire à faux titre usurpée, Et vous ne passez plus que pour traîneur d'épée.
MATAMORE
Ah, ventre ! il est tout vrai que vous avez raison. Mais le moyen d'aller, si je suis en prison ? Isabelle m'arrête, et ses yeux pleins de charmes Ont captivé mon coeur et suspendu mes armes.
GERONTE
Si rien que son sujet ne vous tient arrêté, Faites votre équipage en toute liberté : Elle n'est pas pour vous ; n'en soyez point en peine.
MATAMORE
Ventre ! Que dites-vous ? Je la veux faire reine.
GERONTE
Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois Du grotesque récit de vos rares exploits. La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle : En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle. Si pour l'entretenir vous venez plus ici...
MATAMORE
Il a perdu le sens, de me parler ainsi. Pauvre homme, sais-tu bien que mon nom effroyable Met le grand Turc en fuite, et fait trembler le diable ; Que pour t'anéantir je ne veux qu'un moment ?
GERONTE
J'ai chez moi des valets à mon commandement, Qui n'ayant pas l'esprit de faire des bravades, Répondraient de la main à vos rodomontades.
MATAMORE
Dis-lui ce que j'ai fait en mille et mille lieux.
GERONTE
Adieu : modérez-vous ; il vous en prendra mieux ; Bien que je ne sois pas de ceux qui vous haïssent,
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