bibliotheq.net - littérature française
 

Pierre Corneille - L'Illusion comique

Aller contre les lois de cette providence,
C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence,

L'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups

Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.

GERONTE

Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie ?
Quel maître vous apprend cette philosophie ?

Vous en savez beaucoup ; mais tout votre savoir

Ne m'empêchera pas d'user de mon pouvoir.

Si le ciel pour mon choix vous donne tant de haine,

Vous a-t-il mise en feu pour ce grand capitaine ?

Ce guerrier valeureux vous tient-il dans ses fers ?

Et vous a-t-il domptée avec tout l'univers ?

Ce fanfaron doit-il relever ma famille ?

ISABELLE

Eh ! De grâce, monsieur, traitez mieux votre fille !

GERONTE

Quel sujet donc vous porte à me désobéir ?

ISABELLE

Mon heur et mon repos, que je ne puis trahir.
Ce que vous appelez un heureux hyménée

N'est pour moi qu'un enfer si j'y suis condamnée.

GERONTE

Ah ! Qu'il en est encor de mieux faites que vous
Qui se voudraient bien voir dans un enfer si doux !

Après tout, je le veux ; cédez à ma puissance.

ISABELLE

Faites un autre essai de mon obéissance.

GERONTE

Ne me répliquez plus quand j'ai dit : " Je le veux."
Rentrez : c'est désormais trop contesté nous deux.

SCENE II.


GERONTE

Qu'à présent la jeunesse a d'étranges manies !
Les règles du devoir lui sont des tyrannies,

Et les droits les plus saints deviennent impuissants

Contre cette fierté qui l'attache à son sens.

< page précédente | 24 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.