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Pierre Corneille - L'Illusion comique

PRIDAMANT

Je crains cette menace.

ALCANDRE

Lyse aime trop Clindor pour causer sa disgrâce.

PRIDAMANT

Elle en est méprisée, et cherche à se venger.

ALCANDRE

Ne craignez point : l'amour la fera bien changer.

ACTE III

SCENE PREMIERE.


GERONTE

Apaisez vos soupirs et tarissez vos larmes ;
Contre ma volonté ce sont de faibles armes :

Mon coeur, quoique sensible à toutes vos douleurs,

Ecoute la raison, et néglige vos pleurs.

Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-même.

Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime ;

Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux,

Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous.

Quoi ! manque-t-il de bien, de coeur ou de noblesse ?

En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse ?

Il vous fait trop d'honneur.

ISABELLE

Je sais qu'il est parfait,
Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait ;

Mais si votre bonté me permet en ma cause,

Pour me justifier, de dire quelque chose,

Par un secret instinct, que je ne puis nommer,

J'en fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer.

Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire

Soulève tout le coeur contre ce qu'on désire,

Et ne nous laisse pas en état d'obéir,

Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr.

Il attache ici-bas avec des sympathies

Les âmes que son ordre a là-haut assorties :

On n'en saurait unir sans ses avis secrets ;

Et cette chaîne manque où manquent ses décrets.

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