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Pierre Corneille - L'Illusion comique
LYSE
C'est dénier ensemble et confesser la dette.
ADRASTE
Nomme, si tu le veux, ma boutade indiscrète, Et trouve mes soupçons bien ou mal à propos ; Je l'ai chassé d'ici pour me mettre en repos. En effet, qu'en est-il ?
LYSE
Si j'ose vous le dire, Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire.
ADRASTE
Lyse, que me dis-tu ?
LYSE
Qu'il possède son coeur, Que jamais feux naissants n'eurent tant de vigueur, Qu'ils meurent l'un pour l'autre, et n'ont qu'une pensée.
ADRASTE
Trop ingrate beauté, déloyale, insensée, Tu m'oses donc ainsi préférer un maraud ?
LYSE
Ce rival orgueilleux le porte bien plus haut, Et je vous en veux faire entière confidence : Il se dit gentilhomme, et riche.
ADRASTE
Ah ! L'impudence !
LYSE
D'un père rigoureux fuyant l'autorité, Il a couru longtemps d'un et d'autre côté ; Enfin, manque d'argent peut-être, ou par caprice, De notre Fiérabras il s'est mis au service, Et sous ombre d'agir pour ses folles amours, Il a su pratiquer de si rusés détours, Et charmer tellement cette pauvre abusée, Que vous en avez vu votre ardeur méprisée ; Mais parlez à son père, et bientôt son pouvoir Remettra son esprit aux termes du devoir.
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