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Pierre Corneille - L'Illusion comique

Que ma vie...

ISABELLE

Epargnez ces propos superflus ;
Je les sais, je les crois : que voulez-vous de plus ?

Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème ;

Je dédaigne un rival : en un mot, je vous aime.

C'est aux commencements des faibles passions

A s'amuser encore aux protestations :

Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres ;

Un coup d'oeil vaut pour vous tous les discours des autres.

CLINDOR

Dieux ! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux
Se rendît si facile à mon coeur amoureux !

Banni de mon pays par la rigueur d'un père,

Sans support, sans amis, accablé de misère,

Et réduit à flatter le caprice arrogant

Et les vaines humeurs d'un maître extravagant :

Ce pitoyable état de ma triste fortune

N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune ;

Et d'un rival puissant les biens et la grandeur

Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur.

ISABELLE

C'est comme il faut choisir, un amour véritable
S'attache seulement à ce qu'il voit aimable.

Qui regarde les biens ou la condition

N'a qu'un amour avare, ou plein d'ambition,

Et souille lâchement par ce mélange infâme

Les plus nobles désirs qu'enfante une belle âme.

Je sais bien que mon père a d'autres sentiments,

Et mettra de l'obstacle à nos contentements ;

Mais l'amour sur mon coeur a pris trop de puissance

Pour écouter encor les lois de la naissance.

Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi :

Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi.

CLINDOR

Confus de voir donner à mon peu de mérite...

ISABELLE

Voici mon importun, souffrez que je l'évite.

SCENE VII.

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