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Pierre Corneille - L'Illusion comique

N'a trompé mon esprit en frappant mes oreilles.

MATAMORE

Vous le pouvez bien croire, et pour le témoigner,
Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner :

Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire ;

J'en jure par lui-même, et cela c'est tout dire.

ISABELLE

Ne prodiguez pas tant ce bras toujours vainqueur ;
Je ne veux point régner que dessus votre coeur :

Toute l'ambition que me donne ma flamme,

C'est d'avoir pour sujets les désirs de votre âme.

MATAMORE

Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir
Que vous avez sur eux un absolu pouvoir,

Je n'écouterai plus cette humeur de conquête ;

Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête,

J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,

Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.

ISABELLE

L'éclat de tels suivants attirerait l'envie
Sur le rare bonheur où je coule ma vie ;

Le commerce discret de nos affections

N'a besoin que de lui pour ces commissions.

MATAMORE

Vous avez, Dieu me sauve ! un esprit à ma mode ;
Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode.

Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis :

Je les rends aussitôt que je les ai conquis,

Et me suis vu charmer quantité de princesses,

Sans que jamais mon coeur les voulût pour maîtresses.

ISABELLE

Certes en ce point seul je manque un peu de foi.
Que vous ayez quitté des princesses pour moi !

Que vous leur refusiez un coeur dont je dispose !

MATAMORE

Je crois que la Montagne en saura quelque chose.
Viens çà, lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi,

Je donnai dans la vue aux deux filles du roi,

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