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Pierre Corneille - L'Illusion comique

Rendez-moi la pareille ; et puisqu'à votre flamme
Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme,

Faites-moi la faveur de croire sur ce point

Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point.

ADRASTE

Cruelle, est-ce là donc ce que vos injustices
Ont réservé de prix à de si longs services ?

Et mon fidèle amour est-il si criminel

Qu'il doive être puni d'un mépris éternel ?

ISABELLE

Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses :
Des épines pour moi, vous les nommez des roses ;

Ce que vous appelez service, affection,

Je l'appelle supplice et persécution.

Chacun dans sa croyance également s'obstine.

Vous pensez m'obliger d'un feu qui m'assassine ;

Et ce que vous jugez digne du plus haut prix

Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris.

ADRASTE

N'avoir que du mépris pour des flammes si saintes
Dont j'ai reçu du ciel les premières atteintes !

Oui, le ciel, au moment qu'il me fit respirer,

Ne me donna de coeur que pour vous adorer.

Mon âme vint au jour pleine de votre idée ;

Avant que de vous voir vous l'avez possédée ;

Et quand je me rendis à des regards si doux,

Je ne vous donnai rien qui ne fût tout à vous,

Rien que l'ordre du ciel n'eût déjà fait tout vôtre.

ISABELLE

Le ciel m'eût fait plaisir d'en enrichir une autre ;
Il vous fit pour m'aimer, et moi pour vous haïr :

Gardons-nous bien tous deux de lui désobéir.

Vous avez, après tout, bonne part à sa haine,

Ou d'un crime secret il vous livre à la peine ;

Car je ne pense pas qu'il soit tourment égal

Au supplice d'aimer qui vous traite si mal.

ADRASTE

La grandeur de mes maux vous étant si connue,
Me refuserez-vous la pitié qui m'est due ?

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