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Pierre Corneille - L'Illusion comique
MATAMORE
Ce diable de rival l'accompagne sans cesse.
CLINDOR
Où vous retirez-vous ?
MATAMORE
Ce fat n'est pas vaillant ; Mais il a quelque humeur qui le rend insolent. Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle, Il serait assez vain pour me faire querelle.
CLINDOR
Ce serait bien courir lui-même à son malheur.
MATAMORE
Lorsque j'ai ma beauté, je n'ai point de valeur.
CLINDOR
Cessez d'être charmant, et faites-vous terrible.
MATAMORE
Mais tu n'en prévois pas l'accident infaillible ; Je ne saurais me faire effroyable à demi : Je tuerais ma maîtresse avec mon ennemi. Attendons en ce coin l'heure qui les sépare.
CLINDOR
Comme votre valeur, votre prudence est rare.
SCENE III. ADRASTE
Hélas ! s'il est ainsi, quel malheur est le mien ! Je soupire, j'endure, et je n'avance rien ; Et malgré les transports de mon amour extrême, Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime.
ISABELLE
Je ne sais pas, monsieur, de quoi vous me blâmez. Je me connais aimable, et crois que vous m'aimez : Dans vos soupirs ardents j'en vois trop d'apparence ; Et quand bien de leur part j'aurais moins d'assurance, Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi de crédit, Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit.
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