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Pierre Corneille - L'Illusion comique
CLINDOR
Où pouvait être alors la reine des clartés ?
MATAMORE
Au milieu de ma chambre, à m'offrir ses beautés. Elle y perdit son temps, elle y perdit ses larmes ; Mon coeur fut insensible à ses plus puissants charmes ; Et tout ce qu'elle obtint pour son frivole amour Fut un ordre précis d'aller rendre le jour.
CLINDOR
Cet étrange accident me revient en mémoire ; J'étais lors en Mexique, où j'en appris l'histoire, Et j'entendis conter que la Perse en courroux De l'affront de son dieu murmurait contre vous.
MATAMORE
J'en ouis quelque chose, et je l'eusse punie ; Mais j'étais engagé dans la Transylvanie, Où ses ambassadeurs, qui vinrent l'excuser, A force de présents me surent apaiser.
CLINDOR
Que la clémence est belle en un si grand courage !
MATAMORE
Contemple, mon ami, contemple ce visage : Tu vois un abrégé de toutes les vertus. D'un monde d'ennemis sous mes pieds abattus, Dont la race est périe, et la terre déserte, Pas un qu'à son orgueil n'a jamais dû sa perte. Tous ceux qui font hommage à mes perfections Conservent leurs états par leurs submissions. En Europe, où les rois sont d'une humeur civile, Je ne leur rase point de château ni de ville : Je les souffre régner, mais chez les Africains, Partout où j'ai trouvé des rois un peu trop vains, J'ai détruit les pays pour punir leurs monarques, Et leurs vastes déserts en sont de bonnes marques : Ces grands sables qu'à peine on passe sans horreur Sont d'assez beaux effets de ma juste fureur.
CLINDOR
Revenons à l'amour : voici votre maîtresse.
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