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Pierre Corneille - L'Illusion comique
Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent : J'en fus mal quelque temps avec le grand seigneur.
CLINDOR
Son mécontentement n'allait qu'à votre honneur.
MATAMORE
Ces pratiques nuisaient à mes desseins de guerre, Et pouvaient m'empêcher de conquérir la terre. D'ailleurs, j'en devins las ; et pour les arrêter, J'envoyai le Destin dire à son Jupiter Qu'il trouvât un moyen qui fît cesser les flammes Et l'importunité dont m'accablaient les dames : Qu'autrement ma colère irait dedans les cieux Le dégrader soudain de l'empire des dieux, Et donnerait à Mars à gouverner sa foudre. La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre : Ce que je demandais fut prêt en un moment ; Et depuis, je suis beau quand je veux seulement.
CLINDOR
Que j'aurais, sans cela, de poulets à vous rendre !
MATAMORE
De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre, Sinon de... Tu m'entends ? Que dit-elle de moi ?
CLINDOR
Que vous êtes des coeurs et le charme et l'effroi ; Et que si quelque effet peut suivre vos promesses, Son sort est plus heureux que celui des déesses.
MATAMORE
Ecoute, en ce temps-là, dont tantôt je parlais, Les déesses aussi se rangeaient sous mes lois ; Et je te veux conter une étrange aventure Qui jeta du désordre en toute la nature, Mais désordre aussi grand qu'on en voie arriver. Le Soleil fut un jour sans se pouvoir lever, Et ce visible dieu, que tant de monde adore, Pour marcher devant lui ne trouvait point d'Aurore : On la cherchait partout, au lit du vieux Tithon, Dans les bois de Céphale, au palais de Memnon ; Et faute de trouver cette belle fourrière, Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière.
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