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Pierre Corneille - Cinna
Qu'il m'élève à la gloire, ou me livre au supplice, Que Rome se déclare ou pour ou contre nous, Mourant pour vous servir tout me semblera doux.
ÉMILIE Ne crains point de succès qui souille ta mémoire : Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire ; Et, dans un tel dessein, le manque de bonheur Met en péril la vie, et non pas ton honneur. Regarde le malheur de Brute et de Cassie ; La splendeur de leurs noms en est-elle obscurcie ? Sont-ils morts tous entiers avec leurs grands desseins ? Ne les compte-t-on plus pour les deniers Romains ? Leur mémoire dans Rome est encor précieuse, Autant que de César la vie est odieuse ; Si leur vainqueur y règne, ils y sont regrettés, Et par les voeux de tous leurs pareils souhaités. Va marcher sur leurs pas où l'honneur te convie : Mais ne perds pas le soin de conserver ta vie ; Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris, Qu'aussi bien que la gloire Émilie est ton prix ; Que tu me dois ton coeur, que mes faveurs t'attendent, Que tes jours me sont chers, que les miens en dépendent. Mais quelle occasion mène Évandre vers nous ?
SCÈNE IV - CINNA, ÉMILIE, ÉVANDRE, FULVIE ÉVANDRE Seigneur, César vous mande, et Maxime avec vous.
CINNA Et Maxime avec moi ! Le sais-tu bien, Évandre ?
ÉVANDRE Polyclète est encor chez vous à vous attendre, Et fût venu lui-même avec moi vous chercher Si ma dextérité n'eût su l'en empêcher ; Je vous en donne avis de peur d'une surprise. Il presse fort.
ÉMILIE Mander les chefs de l'entreprise ! Tous deux ! en même temps ! Vous êtes découverts !
CINNA Espérons mieux, de grâce.
ÉMILIE Ah ! Cinna ! je te perds ! Et les dieux, obstinés à nous donner un maître,
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