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Pierre Corneille - Cinna
Ces indignes trépas, quoique mal figurés, Ont porté les esprits de tous nos conjurés ? Je n'ai point perdu de temps, et voyant leur colère Au point de ne rien craindre, en état de tout faire, J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés, La perte de nos biens et de nos libertés, Le ravage des champs, le pillage des villes, Et les proscriptions, et les guerres civiles, Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix Pour monter sur le trône et nous donner des lois. Mais nous pouvons changer un destin si funeste, Puisque de trois tyrans, c'est le seul qui nous reste, Et que, juste une fois, il s'est privé d'appui, Perdant, pour régner seul, deux méchants comme lui. Lui mort, nous n'avons point de vengeur ni de maître ; Avec la liberté Rome s'en va renaître ; Et nous mériterons le nom de vrais Romains, Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains. Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice : Demain au Capitole il fait un sacrifice ; Qu'il en soit la victime, et faisons de ces lieux Justice à tout le monde, à la face des dieux : Là presque pour sa suite il n'a que notre troupe ; C'est de ma main qu'il prend l'encens et la coupe ; Et je veux pour signal que cette même main Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein. Ainsi d'un coup mortel la victime frappée Fera voir si je suis du sang du grand Pompée ; Faites voir, après moi, si vous vous souvenez Des illustres aïeux de qui vous êtes nés. » À peine ai-je achevé, que chacun renouvelle, Par un noble serment, le voeu d'être fidèle : L'occasion leur plaît ; mais chacun veut pour soi L'honneur du premier coup que j'ai choisi pour moi. La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte : Maxime et la moitié s'assurent de la porte ; L'autre moitié me suit, et doit l'environner, Prête au moindre signal que je voudrai donner. Voilà, belle Émilie, à quel point nous en sommes. Demain j'attends la haine ou la faveur des hommes, Le nom de parricide, ou de libérateur, César celui de prince, ou d'un usurpateur. Du succès qu'on obtient contre la tyrannie Dépend ou notre gloire, ou notre ignominie ; Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans, S'il les déteste morts, les adore vivants. Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice,
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