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Pierre Corneille - Cinna

Qui doit conclure enfin nos desseins généreux ;
Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome,

Et son salut dépend de la perte d'un homme,

Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d'humain,

À ce tigre altéré de tout le sang romain.

Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues !

Combien de fois changé de partis et de ligues,

Tantôt ami d'Antoine, et tantôt ennemi,

Et jamais insolent ni cruel à demi ! »

Là, par un long récit de toutes les misères

Que durant notre enfance ont enduré nos pères,

Renouvelant leur haine avec leur souvenir,

Je redouble en leurs coeurs l'ardeur de le punir.

Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles

Où Rome par ses mains déchirait ses entrailles,

Où l'aigle abattait l'aigle, et de chaque côté

Nos légions s'armaient contre leur liberté ;

Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves

Mettaient toute leur gloire à devenir esclaves ;

Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers,

Tous voulaient à leur chaîne attacher l'univers ;

Et l'exécrable honneur de lui donner un maître

Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître,

Romains contre Romains, parents contre parents,

Combattaient seulement pour le choix des tyrans.

J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable

De leur concorde impie, affreuse, inexorable,

Funeste aux gens de bien, aux riches, au sénat,

Et pour tout dire enfin, de leur triumvirat ;

Mais je ne trouve point de couleurs assez noires

Pour en représenter les tragiques histoires.

Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants,

Rome entière noyée au sang de ses enfants :

Les uns assassinés dans les places publiques,

Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques ;

Le méchant par le prix au crime encouragé,

Le mari par sa femme en son lit égorgé ;

Le fils tout dégouttant du meurtre de son père,

Et sa tête à la main demandant son salaire,

Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits

Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.

Vous dirai-je les noms de ces grands personnages

Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages,

De ces fameux proscrits, ces demi-dieux mortels,

Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels ?

Mais pourrais-je vous dire à quelle impatience,

À quels frémissements, à quelle violence,

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