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Pierre Corneille - Cinna
LIVIE Ce n'est pas tout seigneur ; une céleste flamme D'un rayon prophétique illumine mon âme. Oyez ce que les dieux vous font savoir par moi ; De votre heureux destin c'est l'immuable loi. Après cette action vous n'avez rien à craindre, On portera le joug désormais sans se plaindre ; Et les plus indomptés, renversant leurs projets, Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets ; Aucun lâche dessein, aucune ingrate envie N'attaquera le cours d'une si belle vie ; Jamais plus d'assassins, ni de conspirateurs : Vous avez trouvé l'art d'être maître des coeurs. Rome, avec une joie et sensible et profonde, Se démet en vos mains de l'empire du monde ; Vos royales vertus lui vont trop enseigner Que son bonheur consiste à vous faire régner : D'une si longue erreur pleinement affranchie, Elle n'a plus de voeux que pour la monarchie, Vous prépare déjà des temples, des autels, Et le ciel une place entre les immortels ; Et la postérité, dans toutes les provinces, Donnera votre exemple aux plus généreux princes.
AUGUSTE J'en accepte l'augure, et j'ose l'espérer : Ainsi toujours les dieux vous daignent inspirer ! Qu'on redouble demain les heureux sacrifices Que nous leur offrirons sous de meilleurs auspices, Et que vos conjurés entendent publier Qu'Auguste a tout appris, et veut tout oublier.
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