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Pierre Corneille - Cinna
Et je me rends, seigneur, à ces hautes bontés ; Je recouvre la vue auprès de leurs clartés : Je connais mon forfait qui me semblait justice ; Et (ce que n'avait pu la terreur du supplice) Je sens naître en mon âme un repentir puissant, Et mon coeur en secret me dit qu'il y consent. Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; Et pour preuve, seigneur, je n'en veux que moi-même : J'ose avec vanité me donner cet éclat, Puisqu'il change mon coeur, qu'il veut changer l'État. Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle ; Elle est morte, et ce coeur devient sujet fidèle ; Et prenant désormais cette haine en horreur, L'ardeur de vous servir succède à sa fureur.
CINNA Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses Au lieu de châtiments trouvent des récompenses ? Ô vertu sans exemple ! ô clémence, qui rend Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand !
AUGUSTE Cesse d'en retarder un oubli magnanime Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime : Il nous a trahis tous ; mais ce qu'il a commis Vous conserve innocents, et me rend mes amis. (À Maxime.) Reprends auprès de moi ta place accoutumée ; Rentre dans ton crédit et dans ta renommée ; Qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour ; Et que demain l'hymen couronne leur amour. Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice.
MAXIME Je n'en murmure point, il a trop de justice ; Et je suis plus confus, seigneur, de vos bontés Que je ne suis jaloux du bien que vous m'ôtez.
CINNA Souffrez que ma vertu dans mon coeur rappelée Vous consacre une foi lâchement violée, Mais si ferme à présent, si loin de chanceler, Que la chute du ciel ne pourrait l'ébranler. Puisse le grand moteur des belles destinées, Pour prolonger vos jours, retrancher nos années ; Et moi, par un bonheur dont chacun soit jaloux, Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vous !
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