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Pierre Corneille - Cinna

CINNA
Mourez, mais en mourant ne souillez point ma gloire.

ÉMILIE
Le mienne se flétrit, si César te veut croire.

CINNA
Et la mienne se perd, si vous tirez à vous
Toute celle qui suit de si généreux coups.

ÉMILIE
Eh bien ! prends-en ta part, et me laisse la mienne ;
Ce serait l'affaiblir que d'affaiblir la tienne :

La gloire et le plaisir, la honte et les tourments,

Tout doit être commun entre de vrais amants.

Nos deux âmes, seigneur, sont deux âmes romaines ;

Unissant nos désirs, nous unîmes nos haines ;

De nos parents perdus le vif ressentiment

Nous apprit nos devoirs en un même moment ;

En ce noble dessein nos coeurs se rencontrèrent ;

Nos esprits généreux ensemble le formèrent ;

Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau trépas :

Vous vouliez nous unir, ne nous séparez pas.

AUGUSTE
Oui, je vous unirai, couple ingrat et perfide,
Et plus mon ennemi qu'Antoine ni Lépide ;

Oui, je vous unirai, puisque vous le voulez :

Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez ;

Et que tout l'univers, sachant ce qui m'anime,

S'étonne du supplice aussi bien que du crime.

SCÈNE III - AUGUSTE, LIVIE, CINNA, MAXIME, ÉMILIE, FULVIE

AUGUSTE
Mais enfin le ciel m'aime, et ses bienfaits nouveaux
Ont enlevé Maxime à la fureur des eaux.

Approche, seul ami que j'éprouve fidèle.

MAXIME
Honorez moins, seigneur, une âme criminelle.

AUGUSTE
Ne parlons plus de crime après ton repentir,
Après que du péril tu m'as su garantir ;

C'est à toi que je dois et le jour et l'empire.

MAXIME
De tous vos ennemis connaissez mieux le pire :
Si vous régnez encor, seigneur, et si vous vivez,

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