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Pierre Corneille - Cinna
AUGUSTE Quoi ! l'amour qu'en ton coeur j'ai fait naître aujourd'hui T'emporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui ? Ton âme à ces transports un peu trop s'abandonne, Et c'est trop tôt aimer l'amant que je te donne.
ÉMILIE Cet amour qui m'expose à vos ressentiments N'est point le prompt effet de vos commandements ; Ces flammes dans nos coeurs sans votre ordre étaient nées, Et ce sont des secrets de plus de quatre années ; Mais, quoique je l'aimasse et qu'il brûlât pour moi, Une haine plus forte à tous deux fit la loi ; Je ne voulus jamais lui donner d'espérance, Qu'il ne m'eût de mon père assurer la vengeance ; Je la lui fis jurer ; il chercha des amis. Le ciel rompt le succès que je m'étais promis, Et je vous viens, seigneur, offrir une victime, Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime : Son trépas est trop juste après son attentat, Et toute excuse est vaine en un crime d'État. Mourir en sa présence, et rejoindre mon père, C'est tout ce qui m'amène, et tout ce que j'espère.
AUGUSTE Jusques à quand, ô ciel, et par quelle raison Prendrez-vous contre moi des traits dans ma maison ? Pour ses débordements j'en ai chassé Julie, Mon amour en sa place a fait choix d'Émilie, Et je la vois comme elle indigne de ce rang. L'une m'ôtait l'honneur, l'autre a soif de mon sang ; Et prenant toutes deux leur passion pour guide, L'une fut impudique et l'autre est parricide. Ô ma fille ! Est-ce là le prix de mes bienfaits ?
ÉMILIE Ceux de mon père en vous firent les mêmes effets.
AUGUSTE Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse.
ÉMILIE Il éleva la vôtre avec même tendresse ; Il fut votre tuteur, et vous son assassin : Et vous m'avez au crime enseigné le chemin : Le mien d'avec le vôtre en ce point seul diffère, Que votre ambition s'est immolé mon père,
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