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Pierre Corneille - Cinna

Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons ?
De tous ces meurtriers te dirai-je les noms ?

Procule, Glabrion, Virginian, Rutile,

Marcel, Plaute, Lénas, Pompone, Albin, Icile,

Maxime, qu'après toi j'avais le plus aimé :

Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ;

Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes,

Que pressent de mes lois les ordres légitimes,

Et qui, désespérant de les plus éviter,

Si tout n'est renversé, ne sauraient subsister.

Tu te tais maintenant, et gardes le silence,

Plus par confusion que par obéissance.

Quel était ton dessein, et que prétendais-tu

Après m'avoir au temple à tes pieds abattu ?

Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique ?

Si j'ai bien entendu tantôt ta politique,

Son salut désormais dépend d'un souverain,

Qui pour tout conserver tienne tout en sa main ;

Et si sa liberté te faisait entreprendre,

Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre ;

Tu l'aurais acceptée au nom de tout l'État,

Sans vouloir l'acquérir par un assassinat.

Quel était donc ton but ? d'y régner à ma place ?

D'un étrange malheur son destin le menace,

Si pour monter au trône et lui donner la loi

Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi,

Si jusques à ce point son sort est déplorable,

Que tu sois après moi le plus considérable,

Et que ce grand fardeau de l'empire romain

Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main.

Apprends à te connaître, et descends en toi-même :

On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime,

Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des voeux,

Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux ;

Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite,

Si je t'abandonnais à ton peu de mérite.

Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux,

Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux,

Les rares qualités par où tu m'as dû plaire,

Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire.

Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient ;

Elle seule t'élève, et seule te soutient ;

C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne :

Tu n'as crédit ni rang, qu'autant qu'elle t'en donne ;

Et pour te faire choir je n'aurais aujourd'hui

Qu'à retirer la main qui seule est ton appui.

J'aime mieux toutefois céder à ton envie :

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