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Pierre Corneille - Cinna
Autant que tu l'as pu, les effets l'ont suivie ; Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie ; Je te fis prisonnier pour te combler de biens ; Ma cour fut ta prison, mes faveurs tes liens : Je te restituai d'abord ton patrimoine ; Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine, Et tu sais que depuis, à chaque occasion, Je suis tombé pour toi dans la profusion ; Toutes les dignités que tu m'as demandées, Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées ; Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, À ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire, Et qui m'ont conservé le jour que je respire ; De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu, Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu. Quand le ciel me voulut, en rappelant Mécène, Après tant de faveur montrer un peu de haine, Je te donnai sa place en ce triste accident, Et te fis, après lui, mon plus cher confident ; Aujourd'hui même encor, mon âme irrésolue Me pressant de quitter ma puissance absolue, De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis, Et ce sont, malgré lui, les tiens que j'ai suivis ; Bien plus, ce même jour je te donne Émilie, Le digne objet des voeux de toute l'Italie, Et qu'ont mise si haut mon amour et mes soins, Qu'en te couronnant roi je t'aurais donné moins. Te t'en souviens, Cinna, tant d'heur et tant de gloire Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire ; Mais ce qu'on ne pourrait jamais s'imaginer, Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner.
CINNA Moi, seigneur ! moi, que j'eusse une âme si traîtresse ! Qu'un si lâche dessein...
AUGUSTE Tu tiens mal ta promesse : Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Tu te justifieras après, si tu le peux. Écoute cependant, et tiens mieux ta parole. Tu veux m'assassiner demain, au Capitole, Pendant le sacrifice, et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occuper la porte, L'autre moitié te suivre et te prêter main-forte.
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