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Pierre Corneille - Cinna
Ma vertu toute entière agit sans s'émouvoir, Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.
MAXIME Quoi ? vous suis-je suspect de quelque perfidie ?
ÉMILIE Oui, tu l'es, puisqu'enfin tu veux que je te die ; L'ordre de notre fuite est trop bien concerté Pour ne te soupçonner d'aucune lâcheté : Les dieux seraient pour nous prodigues en miracles, S'ils en avaient sans toi levé tous les obstacles. Fuis sans moi, tes amours sont ici superflus.
MAXIME Ah ! vous m'en dites trop.
ÉMILIE J'en présume encor plus. Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures ; Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures. Si c'est te faire tort que de m'en défier, Viens mourir avec moi pour te justifier.
MAXIME Vivez, belle Émilie, et souffrez qu'un esclave...
ÉMILIE Je ne t'écoute plus qu'en présence d'Octave. Allons, Fulvie, allons.
SCÈNE VI - MAXIME MAXIME Désespére, confus, Et digne, s'il se peut, d'un plus cruel refus, Que résous-tu, Maxime ? et quel est le supplice Que ta vertu prépare à ton vain artifice ? Aucune illusion ne te doit plus flatter : Émilie en mourant va tout faire éclater ; Sur un même échafaud la perte de sa vie Étalera sa gloire et ton ignominie, Et sa mort va laisser à la postérité L'infâme souvenir de ta déloyauté. Un même jour t'a vu, par une fausse adresse, Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse, Sans que de tant de droits en un jour violés, Sans que de deux amants au tyran immolés, Il te reste aucun fruit que la honte et la rage Qu'un remords inutile allume en ton courage.
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