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Pierre Corneille - Cinna
MAXIME Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte ? Ô dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Ce coeur si généreux rend si peu de combat, Et du premier revers la fortune l'abat ! Rappelez, rappelez cette vertu sublime, Ouvrez enfin les yeux, et connaissez Maxime : C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez ; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez ; Et puisque l'amitié n'en faisait plus qu'une âme, Aimez en cet ami l'objet de votre flamme ; Avec la même ardeur il saura vous chérir, Que...
ÉMILIE Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir ! Tu prétends un peu trop ; mais quoi que tu prétendes, Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes ; Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas, Ou de m'offrir un coeur que tu fais voir si bas ; Fais que je porte envie à ta vertu parfaite ; Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette ; Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur, Et mérite mes pleurs au défaut de mon coeur. Quoi ! si ton amitié pour Cinna s'intéresse, Crois-tu qu'elle consiste à flatter sa maîtresse ? Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, Et donne-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.
MAXIME Votre juste douleur est trop impétueuse.
ÉMILIE La tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un bienheureux retour, Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour !
MAXIME Cet amour en naissant est toutefois extrême ; C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime. Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé...
ÉMILIE Maxime, en voilà trop pour un homme avisé. Ma perte m'a surprise, et ne m'a point troublée : Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée ;
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