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Pierre Corneille - Cinna

AUGUSTE
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme ;
Vous me tenez parole, et c'en sont là, madame.

Après tant d'ennemis à mes pieds abattus,

Depuis vingt ans je règne, et de quelle nature

Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture :

Tout son peuple est blessé par un tel attentat,

Et la seule pensée est un crime d'État,

Une offense qu'on fait a toute la province,

Dont il faut qu'il la venge, ou cesse d'être prince.

LIVIE
Donnez moins de croyance à votre passion.

AUGUSTE
Ayez moins de faiblesse, ou moins d'ambition.

LIVIE
Ne traitez plus si mal un conseil salutaire.

AUGUSTE
Le ciel m'inspirera ce qu'ici je dois faire.
Adieu : nous perdons temps.

LIVIE
Je ne vous quitte point,
Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point.

AUGUSTE
C'est l'amour des grandeurs qui vous rend importune.

LIVIE
J'aime votre personne, et non votre fortune.
(Elle est seule.)

Il m'échappe : suivons, et forçons-le de voir

Qu'il peut, en faisant grâce, affermir son pouvoir,

Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque

Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque.

SCÈNE IV - ÉMILIE, FULVIE

ÉMILIE
D'où me vient cette joie, et que mal à propos
Mon esprit malgré moi goûte un entier repos !

César mande Cinna sans me donner d'alarmes !

Mon coeur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes :

Comme si j'apprenais d'un secret mouvement

Que tout doit succéder à mon contentement !

Ai-je bien entendu ? me l'as-tu dit, Fulvie ?

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