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Pierre Corneille - Cinna

Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher
Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.

AUGUSTE
Gagnons-les tout à fait en quittant cet empire
Qui nous rend odieux, contre qui l'on conspire.

J'ai trop par vos avis consulté là-dessus ;

Ne m'en parlez jamais, je ne consulte plus.

Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise :

Si je t'ai mise au fers, moi-même je les brise,

Et te rends ton État, après l'avoir conquis,

Plus paisible et plus grand que je ne te l'ai pris :

Si tu me veux haïr, hais-moi sans plus rien feindre ;

Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre.

De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur,

Lassé comme il en fut, j'aspire à son bonheur.

LIVIE
Assez et trop longtemps son exemple vous flatte ;
Mais gardez que sur vous le contraire n'éclate :

Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours

Ne serait pas bonheur, s'il arrivait toujours.

AUGUSTE
Eh bien ! s'il est trop grand, si j'ai tort d'y prétendre,
J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre.

Après un long orage, il faut trouver un port.

Et je n'en vois que deux, le repos, ou la mort.

LIVIE
Quoi ! vous voulez quitter le fruit de tant de peines ?

AUGUSTE
Quoi ! vous voulez garder l'objet de tant de haines ?

LIVIE
Seigneur, vous emporter à cette extrémité,
C'est plutôt désespoir que générosité.

AUGUSTE
Régner et caresser une main si traîtresse,
Au lieu de sa vertu, c'est montrer sa faiblesse.

LIVIE
C'est régner sur vous-même, et, par un noble choix,
Pratiquer la vertu la plus digne des rois.

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