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Pierre Corneille - Cinna
Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir ; Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourir. La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste. Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, À toi-même en mourant immole ce perfide ; Contentant ses désirs, punis son parricide ; Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas : Mais jouissons plutôt nous-mêmes de sa peine ; Et si Rome nous hait triomphons de sa haine. Ô Romains ! ô vengeance ! ô pouvoir absolu ! Ô rigoureux combat d'un coeur irrésolu Qui fuit en même temps tout ce qu'il se propose ! D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner ? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.
SCÈNE III - AUGUSTE, LIVIE AUGUSTE Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue. Cinna, Cinna, le traître...
LIVIE Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme ?
AUGUSTE Hélas ! de quel conseil est capable mon âme ?
LIVIE Votre sévérité, sans produire aucun fruit, Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit ; Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide : Salvidien à bas a soulevé Lépide ; Murène a succédé, Cépion l'a suivi : Le jour à tous les deux dans les tourments ravi N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace, Dont Cinna maintenant ose prendre la place ; Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. Après avoir en vain puni leur insolence, Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ; Faites son châtiment de sa confusion, Cherchez le plus utile en cette occasion : Sa peine peut aigrir une ville animée, Son pardon peut servir à votre renommée ;
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