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Pierre Corneille - Cinna
Il tâche à raffermir leurs âmes ébranlées.
AUGUSTE Lui seul les encourage, et lui seul les séduit ! Ô le plus déloyal que la terre ait produit ! Ô trahison conçue au sein d'une furie ! Ô trop sensible coup d'une main si chérie ! Cinna, tu me trahis ! Polyclète, écoutez. (Il lui parle à l'oreille.)
POLYCLÈTE Tous vos ordres, seigneur, seront exécutés.
AUGUSTE Qu'Éraste en même temps aille dire à Maxime Qu'il vienne recevoir le pardon de son crime. (Polyclère rentre.)
EUPHORBE Il l'a trop jugé grand pour ne pas s'en punir. À peine du palais il a pu revenir, Que, les yeux égarés, et le regard farouche, Le coeur gros de soupirs, les sanglots à la bouche, Il déteste sa vie et ce complot maudit, M'en apprend l'ordre entier tel que je vous l'ai dit ; Et m'ayant commandé que je vous avertisse, Il ajoute : « Dis-lui que je me fais justice, Que je n'ignore point ce que j'ai mérité. » Puis soudain dans le Tibre il s'est précipité ; Et l'eau grosse et rapide, et la nuit assez noire, M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire.
AUGUSTE Sous ce pressant remords il a trop succombé, Et s'est à mes bontés lui-même dérobé ; Il n'est crime envers moi qu'un repentir n'efface. Mais puisqu'il a voulu renoncer à ma grâce, Allez pourvoir au reste, et faites qu'on ait soin De tenir en lieu sûr ce fidèle témoin.
SCÈNE II - AUGUSTE AUGUSTE Ciel ! à qui voulez-vous désormais que je fie Les secrets de mon âme et le soin de ma vie ? Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis, Si donnant des sujets il ôte les amis, Si tel est le destin des grandeurs souveraines Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines, Et si votre rigueur les condamne à chérir
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