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Pierre Corneille - Cinna

Ô haine d'Émilie ! ô souvenir d'un père !
Ma foi, mon coeur, mon bras, tout vous est engagé,

Et je ne puis plus rien que par votre congé :

C'est à vous à régler ce qu'il faut que je fasse ;

C'est à vous, Émilie, à lui donner sa grâce ;

Vos seules volontés président à son sort,

Et tiennent en mes mains et sa vie et sa mort.

Ô dieux, qui comme vous la rendrez adorable,

Rendez-la, comme vous, à mes voeux exorable ;

Et, puisque de ses lois je ne puis m'affranchir,

Faites qu'à mes désirs je la puisse fléchir.

Mais voici de retour cette aimable inhumaine.

SCÈNE IV - ÉMILIE, CINNA, FULVIE

ÉMILIE
Grâces aux dieux, Cinna, ma frayeur était vaine ;
Aucun de tes amis ne t'a manqué de foi,

Et je n'ai point eu lieu de m'employer pour toi.

Octave en ma présence a tout dit à Livie,

Et par cette nouvelle m'a rendu la vie.

CINNA
Le désavouerez-vous ? et du don qu'il me fait
Voudrez-vous retarder le bienheureux effet ?

ÉMILIE
L'effet est en ta main.

CINNA
Mais plutôt en la vôtre.

ÉMILIE
Je suis toujours moi-même, et mon coeur n'est point autre :
Me donner à Cinna, c'est ne lui donner rien,

C'est seulement lui faire un présent de son bien.

CINNA
Vous pouvez toutefois... ô ciel ! l'osé-je dire ?

ÉMILIE
Que puis-je ? et que crains-tu ?

CINNA
Je tremble, je soupire,
Et vois que si nos coeurs avaient les mêmes désirs,

Je n'aurais pas besoin d'expliquer mes soupirs.

Ainsi je suis trop sûr que je vais vous déplaire ;

Mais je n'ose parler, et je ne puis me taire.

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