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Pierre Corneille - Cinna
Et j'aurais quelque espoir qu'elle me pût chérir !
EUPHORBE C'est ce qu'à dire vrai je vois fort difficile. L'artifice pourtant vous y peut être utile ; Il en faut trouver un qui la puisse abuser, Et du reste du temps en pourra disposer.
MAXIME Mais si pour s'excuser il nomme sa complice, S'il arrive qu'Auguste avec lui la punisse, Puis-je demander, pour prix de mon rapport, Celle qui nous oblige à conspirer sa mort ?
EUPHORBE Vous pourriez m'opposer tant et tant d'obstacles, Que pour les surmonter il faudrait des miracles ; J'espère, toutefois, qu'à force d'y rêver ...
MAXIME Éloigne-toi ; dans peu j'irai te retrouver : Cinna vient, et je veux en tirer quelque chose, Pour mieux résoudre après ce que je me propose.
SCÈNE II - CINNA, MAXIME MAXIME Vous me semblez pensif.
CINNA Ce n'est pas sans sujet.
MAXIME Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet.
CINNA Émilie et César, l'un et l'autre me gêne : L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine. Plût aux dieux que César employât mieux ses soins, Et s'en fît plus aimer, ou m'aimât un peu moins ; Que sa bonté touchât la beauté qui me charme, Et la pût adoucir comme elle me désarme ! Je sens au fond du coeur mille remords cuisants Qui rendent à mes yeux tous ses bienfaits présents ; Cette faveur si pleine, et si mal reconnue, Par un mortel reproche à tous moments me tue. Il me semble surtout incessamment le voir Déposer en nos mains son absolu pouvoir, Écouter nos avis, m'applaudir et me dire : « Cinna, par vos conseils, je retiendrai l'empire,
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