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Pierre Corneille - Cinna
On en sort lâchement si la vertu n'agit.
MAXIME Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ; Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.
CINNA Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer, Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer : Elle a le coeur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du tyran dont elle fut la proie ; Et tout ce que la gloire a de vrais partisans Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.
MAXIME Donc pour vous Émilie est un objet de haine ?
CINNA La recevoir de lui me serait une gêne ; Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts, Je saurai le braver jusque dans les enfers. Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée, Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée, L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre effort Les présents du tyran soient le prix de sa mort.
MAXIME Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire, Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père ? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.
CINNA Ami, dans ce palais on peut nous écouter, Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence : Sortons ; qu'en sûreté j'examine avec vous, Pour en venir à bout, les moyens les plus doux.
ACTE III
SCÈNE PREMIÈRE - MAXIME, EUPHORBE MAXIME Lui-même il m'a tout dit : leur flamme est mutuelle ; Il adore Émilie, il est adoré d'elle ; Mais sans venger son père il n'y peut aspirer, Et c'est pour l'acquérir qu'il nous fait conspirer.
EUPHORBE Je ne m'étonne plus de cette violence
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