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Pierre Corneille - Cinna

Octave aura donc vu ses fureurs assouvies,
Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies,

Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts,

Et sera quitte après pour l'effet d'un remords !

Quand le ciel par nos mains à le punir s'apprête,

Un lâche repentir garantira sa tête !

C'est trop semer d'appas, et c'est trop inviter

Par son impunité quelque autre à l'imiter.

Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne

Quiconque après sa mort aspire à la couronne.

Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé :

S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.

MAXIME
Mais la mort de César, que vous trouvez si juste,
A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste.

Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé :

S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.

CINNA
La faute de Cassie, et ses terreurs paniques,
Ont fait entrer l'État sous des lois tyranniques ;

Mais nous ne verrons point de pareils accidents,

Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.

MAXIME
Nous sommes encor loin de mettre en évidence
Si nous nous conduisons avec plus de prudence ;

Cependant c'en est peu de n'accepter pas

Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.

CINNA
C'en est encor bien moins, alors qu'on s'imagine
Guérir un mal si grand sans couper la racine ;

Employer la douceur à cette guérison,

C'est, en fermant la plaie, y verser du poison.

MAXIME
Vous la voulez sanglante, et la rendez douteuse.

CINNA
Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.

MAXIME
Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.

CINNA

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