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Pierre Corneille - Cinna
Donnez un successeur qui soit digne de vous.
AUGUSTE N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte. Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte ; Et, quelque grand malheur qui m'en puisse arriver, Je consens à me perdre afin de la sauver. Pour ma tranquillité mon coeur en vain soupire : Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire ; Mais je le retiendrai pour vous en faire part. Je vois trop que vos coeurs n'ont point pour moi de fard, Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne, Regarde seulement l'État et ma personne : Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits, Et vous allez tous deux en recevoir le prix. Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile ; Allez donner mes lois à ce terroir fertile ; Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez, Et que je répondrai de ce que vous ferez. Pour épouse, Cinna, je vous donne Émilie ; Vous savez qu'elle tient la place de Julie, Et que si nos malheurs et la nécessité M'ont fait traiter son père avec sévérité, Mon épargne depuis en sa faveur ouverte Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte. Voyez-la de ma part, tâchez de la gagner : Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner ; De l'offre de vos voeux elle sera ravie. Adieu : j'en veux porter la nouvelle à Livie.
SCÈNE II - CINNA, MAXIME MAXIME Quel est votre dessein après ces beaux discours ?
CINNA Le même que j'avais, et que j'aurai toujours.
MAXIME Un chef de conjurés flatte la tyrannie !
CINNA Un chef de conjurés la veut voir impunie !
MAXIME Je veux voir Rome libre.
CINNA Et vous pouvez juger Que je veux l'affranchir ensemble et la venger.
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