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Pierre Corneille - Cinna
Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'États ; Chaque peuple a le sien conforme à sa nature, Qu'on ne saurait changer sans lui faire injure : Telle est la loi du ciel, dont la sage équité Sème dans l'univers cette diversité. Les Macédoniens aiment la monarchie, Et le reste des Grecs la liberté publique : Les Parthes, les Persans veulent des souverains ; Et le seul consulat est bon pour les Romains.
CINNA Il est vrai que du ciel la prudence infinie Départ à chaque peuple un différent génie ; Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieux Change selon les temps comme selon les lieux. Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ; Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance, Et reçoit maintenant de vos rares bontés Le comble souverain de ses prospérités. Sous vous, l'État n'est plus en pillage aux armées ; Les portes de Janus par vos mains sont fermées, Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois, Et qu'a fait voir comme eux le second de ses rois.
MAXIME Les changements d'États que fait l'ordre céleste Ne coûtent point de sang, n'ont rien qui soit funeste.
CINNA C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt, De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous font. L'exil des Tarquins même ensanglanta nos terres, Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.
MAXIME Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre liberté ?
CINNA Si le ciel n'eût voulu que Rome l'eût perdue Par les mains de Pompée il l'aurait défendue : Il a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque éternelle à ce grand changement, Et devait cette gloire aux mânes d'un tel homme, D'emporter avec eux la liberté de Rome. Ce nom depuis longtemps ne sert qu'à l'éblouir, Et sa propre grandeur l'empêche d'en jouir.
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