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Pierre Corneille - Cinna
Ne vous exposez plus à ces fameux revers : Il est beau de mourir maître de l'univers ; Mais la plus belle mort souille notre mémoire, Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.
CINNA Si l'amour de pays doit ici prévaloir, C'est son bien seulement que vous devez vouloir ; Et cette liberté, qui lui semble si chère, N'est pour Rome, seigneur, qu'un bien imaginaire, Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas De celui qu'un bon prince apporte à ses États. Avec ordre et raison les honneurs il dispense, Avec discernement punit et récompense, Et dispose de tout en juste possesseur, Sans rien précipiter, de peur d'un successeur. Mais quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte : La voix de la raison jamais ne se consulte ; Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux, L'autorité livrée aux plus séditieux. Ces petits souverains qu'il fait pour une année, Voyant d'un temps si cour leur puissance bornée, Des plus heureux desseins font avorter le fruit, De peur de le laisser à celui qui les suit ; Comme ils ont peu de part au bien dont ils ordonnent, Dans le champ du public largement ils moissonnent, Assurés que chacun leur pardonne aisément, Espérant à son tour un pareil traitement : Le pire des États, c'est l'État populaire.
AUGUSTE Et toutefois le seul qui dans Rome peut plaire. Cette haine des rois que depuis cinq cents ans Avec le premier lait sucent tous ses enfants, Pour l'arracher des coeurs, est trop enracinée.
MAXIME Oui, seigneur, dans son mal Rome est trop obstinée ; Son peuple, qui s'y plaît, en fuit la guérison : Sa coutume l'emporte, et non pas la raison ; Et cette vieille erreur, que Cinna veut abattre, Est une heureuse erreur dont il est idolâtre, Par qui le monde entier, asservi sous ses lois, L'a vu cent fois marcher sur la tête des rois, Son épargne s'enfler du sac de leurs provinces. Que lui pouvaient de plus donner les meilleurs princes ? J'ose dire, seigneur, que par tous les climats
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